C’est un VC et il a pris sous son aile des inconnus qui sont devenus des « champions de la Tech française », comme les patrons de BlaBlaCar, Malt ou 360Learning.
Patron du fonds ISAI, il est aussi à l’origine du mouvement des Pigeons : Jean-David Chamboredon est devenu presque par accident le porte-parole des entrepreneurs français en matière de politique fiscale. Il avait fédéré en 2012 plus de 70 000 « volatiles » de ce nouveau genre.
Une envolée qui a débuté par une simple chronique – car Jean-David a également la plume facile.
En 2012 il posait pour Libé avec une plume dépassant de la bouche, comme s’il venait juste de croquer un oiseau. « Pigeon, sauce chasseur », s’intitulait le portrait.

Un investisseur avant tout

Membre fondateur de France Digitale – une autre de ses casquettes – Jean-David a débuté sa carrière chez Cap Gemini. Il y passe 13 ans dans un rôle qu’il qualifie « d’intrapreneur », fondant par exemple le Telemedia Lab pour accompagner les fournisseurs d’accès français dans la Silicon Valley en 1997, avant de saisir l’opportunité de devenir investisseur.

« Je venais de découvrir les capitaux-risqueurs. Anticiper les tendances, c’était pour moi ! Cela correspondait à ma nature profonde. Je me considère comme un investisseur bien plus que comme un entrepreneur. C’est mon savoir-faire : j’investis l’argent de tierces personnes, qui me font confiance et se reposent sur mon flair. »

Le voilà d’abord chez 3i où il mise sur PriceMinister. Ce sera l’un de ses premiers « coups » et le début d’une amitié au long cours avec Pierre Kosciusko-Morizet. Quelques années plus tard, en 2009, Jean-David donne naissance à son propre fonds ISAI, avec PKM, Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin Mobile) ou encore Stéphane Treppoz (Sarenza). Il démarche 70 investisseurs et récupère… 35 millions d’euros.

Se frotter au marché

Depuis, Jean-David a rencontré des milliers de porteurs de projets. Il n’y a pas d’autre secret, quand on veut « sentir » le marché, il faut aller s’y frotter. L’équipe d’ISAI passe au crible « 2 500 projets par an. »
« Mon métier, au quotidien, c’est un tiers du temps pour la gestion d’ISAI, un tiers à soutenir les entreprises dans lesquelles je suis administrateur et le dernier tiers à étudier les nouveaux projets dans lesquels nous pourrions investir. C’est passionnant. Quand j’ai rencontré Frédéric Mazella en 2009, je lui ai dit « Bon tu as 30 minutes avec ton truc de voitures, là » et finalement je suis resté 2h30. A l’époque, qui aurait parié sur le co-voiturage ? Moi. Et encore : j’avais estimé qu’on pouvait avoir 3 millions de co-voitureurs et on est monté à 17 millions – simplement pour la France. »

« Il y a beaucoup de faux négatifs et de faux positifs »

C’est tout le sujet d’un investisseur : poser ses pions au bon moment. « Dans l’Early Stage, ce qui semble trop évident est en général un mauvais investissement : parce que c’est déjà trop tard. Les concurrents sont là – et ça devient une guerre de capital assez bête. »
Jean-David essaie de se laisser surprendre. Si on lui présente 7 projets qui tournent autour du même thème dans un seul trimestre, c’est le signe d’un mauvais timing. Le fameux « bon moment » est passé. « Je ne me dis jamais que je veux investir dans 4 tendances, comme le Green, etc. Surtout pas. Sinon je finirais par faire entrer les projets dans mes cases. C’est l’inverse qu’il faut réussir. »

« Je m’intéresse à Internet depuis 1996. Il y a beaucoup de faux négatifs et de faux positifs – c’est comme pour les tests Covid. Au fil du temps, on arrive à construire son propre filtre. Et si on se plante trois fois sur quatre, et bien on ne reste pas investisseur. »

Un profil élitiste

Quand on l’interroge sur le manque de diversité des porteurs de projet, sur le côté « élitiste » des start-uppers d’aujourd’hui (de jeunes hommes blancs de bonne famille), Jean-David botte en touche : « Si les jeunes qui sortent des grandes écoles aujourd’hui sont des entrepreneurs plutôt que des hauts fonctionnaires ou des financiers comme autrefois, ça me va bien. »
Il faut dire qu’il coche lui-même toutes ces cases-là : il a grandi à Versailles, classe prépa à Saint-Geneviève, diplômé de l’école Polytechnique (promo 1982) et grand amateur de golf – pour parfaire l’image d’Epinal.

Et cependant, il a la capacité – trop rare – de parler de ses échecs. C’est ainsi qu’il évoque les coups raté, parmi lesquels BackMarket, qu’il a laissé filer. « On n’était pas d’accord sur le prix et on craignait la dépendance à Apple, qu’ils ont bien gérée depuis. Dommage. »

La politique, c’est le contraire de l’entreprise

Jean-David nous réserve d’autres surprises. A commencer par sa voix, douce et posée. On s’attendait à une faconde à la Dupont-Moretti, on est loin du compte. En réalité, l’investisseur est serein. Et quand il incarne les Pigeons, on devine qu’il n’est pas loin du rôle de composition. « La politique, c’est le contraire de l’entreprise. Dans l’entreprise, si vous avez un problème avec quelqu’un, vous l’emmenez dans votre bureau et vous discutez en tête-à-tête. En politique, surtout pas. Si vous voulez que ça marche, vous allez exposer vos griefs au Figaro. C’est devant les médias qu’il faut râler. »

Jean-David exerce un métier qui demande un vrai rapport au risque. « Je me concentre sur le ratio entre risque et bénéfices. Je préfère faire 10 fois la mise sur 2 millions, que 3 fois la mise sur 100 millions – quand bien même je les aurais. Je me fixe des objectifs en multiples plutôt qu’en valeur absolue. Je suis un Risk Manager – quelqu’un qui essaie de maîtriser les risques. Pas un Risk Taker. D’autres confrères sont plus joueurs que moi. »

Tordre certains clichés

Et de tordre certains clichés associés à sa profession. « Le capital-risque en France, ce sont seulement 150 à 200 entreprises nouvelles par an : c’est vraiment très marginal en nombre ! Ces boîtes-là, celles qui peuvent lever, sont celles qui peuvent justifier des pertes importantes : du capital brûlé par une capacité d’hyper-croissance. Certains essaient de déguiser leurs start-ups en sociétés éligibles au capital-risque… et ça peut être dramatique car si une entreprise est faite pour délivrer 20 à 30% de croissance par an, contre 200 ou 300% escomptés, il y a aura une vraie désillusion sur ce que signifie “réussir“… »

A bon entendeur…

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Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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