Dans une équipe de basket, le « meneur » dirige le jeu en attaque : c’est lui qui monte le ballon à travers le terrain et le distribue aux autres joueurs, leur signifiant ainsi la tactique à suivre.
Lors de l’interview, Laurent ne nous a pas dit quel poste il occupait sur le terrain – il s’est contenté de plaisanter sur le fait qu’il avait beaucoup joué – et jusqu’à un bon niveau – bien qu’il ne soit « pas très grand » !
Mais l’entrepreneur inlassable qui transparaît chez lui au bout d’une heure d’échanges évoque sans aucun doute la figure du meneur : Laurent Fiard, président du Fonds souverain d’Auvergne-Rhône-Alpes, ex-président du Medef Lyon-Rhône, est un « serial entrepreneur » et un compétiteur. C’est même une incarnation du personnage de l’homme d’affaire à succès.
Alors, qui se cache derrière cette réussite manifeste ? Presque incidemment, Laurent nous livre deux clefs pour le comprendre.

Reprenons d’abord à ce moment où la caméra s’allume. Il y a, juste derrière Laurent, une grande et énigmatique jeune femme… suspendue sur un tableau. « Elle a une valeur artistique et caritative », explique le dirigeant, qui déroule de bonne grâce l’histoire de l’œuvre. Avant de sauter de l’art au sport, pour nous parler basket et sports collectifs : « C’est très important pour moi. J’aime l’action et je suis ultra convaincu que la force, c’est l’équipe. Cela vaut dans tous les domaines – en particulier bien sûr dans le monde de l’entreprise. »

« On crée des boîtes qui nous ressemblent »

Co-fondateur et président du groupe Visiativ (dédié à l’accompagnement des entreprises à la transformation numérique) et co-fondateur d’Axeleo, un accélérateur pour les start-up de services, labellisé French Tech, Laurent Fiard, 56 ans, a lancé Visiativ avec un associé en 1987…. et compte aujourd’hui plus de 1 000 collaborateurs, répartis dans 10 pays.

Son cœur d’activité : la transmission. C’est la vocation de ses deux entreprises. Mais on la sent aussi affleurer très vite comme un moteur dans le parcours personnel de Laurent. « L’intelligence, ce n’est pas la compétence, c’est la capacité à s’adapter. Bien sûr, on a besoin d’un socle de compétences, mais il est très vite périmé, surtout dans nos métiers de l’informatique. La formation va devenir continue. C’est ce que je dis à mes collaborateurs. Je les choisis en fonction de leur curiosité : c’est le début de l’apprentissage. Je veux les aider à apprendre… et je veux que ma boîte puisse tourner sans moi. »

Techniquement, c’est déjà le cas, même si Laurent n’envisage pas de « vendre ». « Ce n’est pas le bon mot. Ce à quoi je pense, c’est la pérennité de l’entreprise. Je préfère le terme de transmission, sinon c’est super égoïste. J’y pense depuis longtemps et notre actionnariat est déjà collectif – tout ça peut fonctionner sans moi. »

Aujourd’hui, avec 1 000 collaborateurs, Laurent ne connaît plus tous ses salariés et c’est « une grande frustration ». « C’est dur de ne plus être en interaction avec l’ensemble des équipes. J’ai besoin d’être à égalité – on n’est que des êtres humains. J’ai horreur des relations politiques – quand on vous parle bien parce que vous êtes le patron. »

« Je suis là pour gagner »

Quand on l’interroge sur sa manière de diriger, sur la façon dont il se perçoit, Laurent se qualifie comme celui qui donne l’impulsion. « Le pouvoir, c’est l’action. J’ai un rôle de moteur, d’animateur. Je suis très impliqué dans la réussite et la volonté de gagner. Je ne suis pas là pour livrer une grande vision stratégique. Je suis là pour gagner, comme sur un terrain de basket. »

Laurent a toujours voulu entreprendre. « Au grand désespoir de mes parents », relève-t-il. « Je suis fils de fonctionnaires. J’avais réussi à entrer à l’école de l’EDF et j’ai dit non. » Il a refusé aussi l’école d’ingénieurs. « J’avais deux ans d’avance à l’école et je m’emmerdais comme jamais. Je voulais faire du business. J’ai commencé commercial, sur le terrain. J’ai souffert pendant deux ou trois ans mais j’étais tombé sur le boss dont tout le monde rêve, qui m’a laissé apprendre, choisir et grandir. »

Et voilà la première clef : deux ans d’avance, c’est rare. Un surdoué ? En tous cas, le rapport au temps est quelque chose de très sensible chez Laurent. « J’avais dit que je prendrai ma retraite à 40 ans. C’est clairement impossible. En réalité, je n’aurai jamais le temps de tout faire. »

Le mythe de Sisyphe

Seconde clef : l’insatisfaction. Il y a quelque chose de Sisyphe chez Laurent. Dans sa volonté de toujours relancer la machine et sa difficulté à apprécier le parcours accompli. « Je suis un toxicomane de l’action. Je ne vis pas de moments de satisfaction où je me dis que c’est la victoire – le trophée. »

Peut-on apprécier ce que l’on a construit ? Laurent, en tous cas, n’y parvient pas. Lui, il travaille. Tout le temps.
« Comment on passe de zéro salarié à mille ? On bosse ! » Tout simplement. « Je n’aime pas trop quand on me dit que j’ai de la chance. Bizarrement, plus je bosse, plus j’ai de la chance, plaisante-t-il. Je suis un passionné – donc je n’ai pas l’impression de travailler, même si je me lève tous les matins à 5h. Beaucoup de boulot et de remises en cause : il faut savoir s’adapter – c’est la première qualité d’un entrepreneur. »

Son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Visiativ est « l’un des survivants de l’explosion de la bulle Internet. On a dû se séparer de collaborateurs – c’est ce qu’il y a de plus terrible. Plus tard, on a retrouvé une dynamique positive et fait notre introduction en bourse. Entreprendre, c’est compliqué et ce n’est jamais fini. On le voit avec cet événement exogène, la pandémie qui fait qu’on doit survivre et rebondir. » Quand il a besoin d’aide, comme dans les premiers jours de la crise de 2020, Laurent se tourne vers ses pairs, des amis patron eux aussi. Ce sont eux qui lui permettent de retrouver un peu de calme.

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Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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