Il est l’un des tout premiers dont nous avions eu envie de « tirer le portrait ». C’était le 17 mars – le premier jour du premier confinement. Je me souviens de sa réponse sans devoir la relire : « Je crois que ça va être compliqué pour moi ces prochains jours – j’ai chopé cette saleté – mais avec plaisir dès que je refais surface 🙂 »
Du Nicolas tout craché : enjoué, même dans la tourmente.
Depuis, il attrapé le Covid une seconde fois, en octobre : un cas d’école, au point d’être convoqué à l’Institut Pasteur pour études.
Mais son sens de l’humour reste intact : « J’attends le variant anglais », nous informe-t-il gaiement en début d’interview, depuis Aix-en-Provence, où il fêtait son anniversaire le 17 février dernier.

« L’effet Covid, chez nous, est positif »

Il y a en lui une chaleur, un côté radieux, qui donne l’impression de le connaître depuis longtemps. La tonicité des sportifs, aussi : moto, ski, tennis… des activités à sensations fortes.
Enfin, Nicolas est très « famille » – sa femme et ses enfants ne sont jamais bien loin dans la conversation.
Et c’est cette figure qui s’impose jusque dans sa manière d’entreprendre : celle du « bon père de famille » – avec toutes les acceptions positives de la formule.
Il travaille au coeur de la Tech, mais il n’en as pas pris le côté « paillettes », il dirige Testapic avec bon sens et solidité.
Nicolas Guirao a co-fondé son entreprise avec trois associés en 2011 : l’entreprise met à disposition ses panels de testeurs, tous produits confondus. « Ecoutez la voix de vos utilisateurs », suggère-t-elle à ses clients, tous des professionnels.
Une posture avisée à l’époque où l’on ne jure plus que par « l’expérience client ».
Testapic s’est positionnée sur ce créneau au bon moment, avec une approche très « Digial Natives », fondée sur l’observation et l’analyse statistique des comportements réels des internautes.
« Et en 2020, on a fait une année record, on a explosé tous les chiffres. L’effet Covid, chez nous, est positif : les entreprises ont toutes accéléré sur le digital et elles ont eu besoin de tester leurs formats. Alors après un trou d’air au printemps, l’activité est remontée en flèche. On a fait beaucoup de gratuité, aussi, pour nos clients en difficulté, dans le Travel notamment. »
Le modèle d’abonnement, lancé plus récemment en 2018, a confirmé sa pertinence. Il est beaucoup plus confortable en termes de visibilité du CA.

Le télétravail, une découverte

En revanche, 2020 a éprouvé Nicolas du point de vue de la gestion d’équipe. Pour un patron proche de ses collaborateurs, qui se nourrit de leur énergie et s’efforce continuellement de « montrer le chemin, de clarifier la vision d’entreprise », le télétravail est difficile à apprivoiser. « Plusieurs phénomènes sont apparus en même temps. D’abord, on est bientôt 50, on grandit vite et on commence à avoir de nouveaux problèmes. Il faut structurer, l’approche artisanale ne tient plus quand on a 100 clients qui nous envoient des tickets en direct, avec un niveau d’exigence très élevé. »
En parallèle, le basculement brutal en « full remote » a été source d’inquiétudes… et de surprises. « Je n’étais pas partisan du télétravail car moi-même je suis très peu productif quand je reste à la maison. Mais je me suis trompé. Force est de constater que toutes les équipes ont super bien bossé. J’ai senti par contre le désir de revenir au bureau, chez les plus jeunes surtout – et cela me faisait mal de voir le lien se distendre. La solitude, l’absence d’interactions sociales, constituent un vrai sujet. Et les collaborateurs nous ont beaucoup questionné sur la vision, alors même que nous l’avions présentée plusieurs fois. Cela m’interroge beaucoup : comment diffuser clairement le message ? Et comment construire ensemble cette vision, comment sortir du côté vertical ? C’est un point-clef pour assurer les fondations : nos employés ont le luxe d’exercer sur un marché très concurrentiel – ils retrouvent un job en deux secondes. »

Ni dirigeant, ni employeur… Nicolas se perçoit plutôt comme « un moteur »

Avant de créer son entreprise, Nicolas avait fait ses armes chez deux Pure Players : cinq ans chez SeLoger, un an chez Billet Reduc.
« J’ai quitté Marseille où j’étais en prépa, pour Paris – une école de commerce. Puis je suis entré en stage chez SeLoger, on était 120 à l’époque. Ce furent de très belles années, il y avait tellement à construire. Et la première expérience professionnelle est souvent, aussi, celle où l’on se fait des amis. »

La graine des tests utilisateurs a germé à l’époque de BilletReduc : « On sous-traitait les tests et ça ne nous convenait pas, c’était trop cher. » Pourtant, Nicolas estime qu’il n’avait pas « le gène de l’entreprenariat. » Et qu’il ne l’a toujours pas, d’ailleurs. « Par rapport à certains copains qui ont tout le temps des idées, moi je ne me sens pas entrepreneur, je n’ai pas cette fraîcheur qui les pousse sans arrêt à réfléchir à d’autres modèles. » Comment se qualifie-t-il, alors? « Ni dirigeant, ni employeur. Ma perception de mon rôle – et elle a évolué – c’est vraiment de faire avancer les projets, de pousser, d’être initiateur. De fluidifier tous nos rouages, pour éviter les points de blocage potentiels. Et je garde, encore et toujours, une dimension commerciale. Elle est souvent dénigrée. Moi, j’adore ça ! »

« Plus j’avance, plus je suis serein sur ma capacité à dérouler la feuille de route, conclut Nicolas. Je ne vise pas la levée de fonds, moi. Je veux construire une boîte pérenne, avec des équipes soudées. »

Les réseaux de l’interviewé

Société de l’interviewé

Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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