« Quand on devient entrepreneur, les journées se terminent sans jamais avoir commencé ce qu’on voulait faire ». Merci à Raphaël Leprette, fondateur de Money Walkie, d’avoir formulé cette idée. L’entendre prononcée à voix haute a des vertus hautement déculpabilisantes pour tous ceux dont la To-Do List s’allonge d’un jour sur l’autre et/ou qui sont amenés à revoir en permanence l’ordre des priorités.
C’est d’autant plus rassurant de la part de ce patron-là, dont le sourire calme ne cache pas la détermination. Raphaël Leprette, 42 ans, 4 filles à la maison et une femme entrepreneure, a choisi de monter une start-up en misant sur son domaine de compétences historique – la banque – mais aussi en attaquant le marché ultra-convoité des enfants. Il est certain d’avoir trouvé les clefs pour se différencier.

Les débuts de Money Walkie

« Ma fille de 12 ans a distribué de flyers au collège pour faire la promotion de Money Walkie – sans me prévenir. J’ai cru qu’on allait avoir des problèmes, mais j’étais super fier », reconnaît Raphaël quand on lui demande comment ses enfants vivent la passion familiale pour l’entreprenariat. « On a des petits moyens en termes de marketing, on a tourné un film en famille. Quand elles se sont vues sur BFM, c’était mieux que les Oscar. »

Il y a en premier lieu chez Raphaël ce côté affable, cet abord simple et direct. Un patron qui n’en rajoute pas, qui ne refait pas le match à grand renfort d’anecdotes. Il raconte sa trajectoire de manière factuelle : « Nous sommes hébergés au Swave, un incubateur spécialisé pour les FinTech. Cela fait deux ans que je travaille sur le projet et nous avons bouclé notre première levée en janvier. Sinon, nous nous finançons sur fonds propres et prêt d’honneur. Money Walkie, c’est un petit porte-monnaie qui permet de payer sans contact chez tous les commerçants du quartier. Glissé dans une coque en forme d’animal, il s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans. Il est rechargé ou bloqué par les parents. C’est de l’argent digitalisé… On a voulu donner de l’autonomie aux enfants et rassurer les parents. Moi, avant ça, j’ai travaillé en banque. J’ai fait beaucoup de conseil. J’ai grandi dans l’écosystème financier. »

« J’ai été obligé de naviguer à vue »

Raphaël avait déjà mis le pied dans la création d’entreprise, en fondant précédemment un cabinet de conseil. Ça le « travaillait depuis longtemps », mais à l’époque il était solo (pas de salariés). « Pour cette deuxième expérience, je voulais construire une équipe. Bon, ça a commencé de manière assez spéciale : j’ai été obligé de naviguer à vue. Money Walkie a vu le jour en juin 2019. En mars 2020, tous les radars étant brouillés par le Covid-19. Comme beaucoup, on s’est demandé si on arrêtait tout… ou si on continuait. Finalement, on a avancé en mode Test & Learn. Et on a vu que la pandémie devenait un accélérateur. Avec le boom du paiement sans contact, les commerçants se sont équipés de terminaux de paiement. Là où autrefois il fallait deux ans pour les convaincre, on est tombé à 3 semaines. »

Une bonne nouvelle donc. Côté face, construire une équipe et notamment embarquer des juniors dans ces conditions – sans se voir – complique nettement la donne. Raphaël en témoigne : « C’est très difficile. On perd toute la dimension du Shadow Learning. Je n’ai pas encore complètement craqué le sujet : comment bien former des collaborateurs qui ne nous voient pas travailler – qui ne peuvent pas apprendre par mimétisme ? Je suis devenu très attentif sur les recrutements. Je teste les candidats, sur de vraies missions. Et on a beaucoup travaillé avec des free-lances. On n’a pas le droit à l’erreur de casting. Autre problème : pendant deux ans, on a lancé le produit tous ensemble, mais on n’a jamais rien pu célébrer… C’est triste. Je veux écrire une histoire industrielle et je suis fier de cette ambition, mais j’ai sans cesse à l’esprit mes engagements sociaux. »

« Nous, pour le moment, on n’a pas eu d’accident RH. Mais je pense que les vrais désastres humains sont à venir. Ne serait-ce que : comment vous identifiez un employé qui ne va pas bien – humainement ? Cette alerte sociale je ne sais pas comment on la donne. »

Un patron vigilant

Derrière le sourire détendu apparaît peu à peu un patron vigilant. Soucieux du bien-être de ses équipes. Et extrêmement carré dès qu’on évoque le plan de bataille. « La stratégie est claire : trouver des clients en France d’abord. Conquérir les Mamans. Nous associer avec des causes (Fondation des Hôpitaux, opération Pièces Jaunes…). Côté commerçants, nous sommes en train de gagner les libraires – car il n’y a pas que chez le boulanger qu’on peut payer avec Money Walkie ! »

Les fonctions « vitales » de l’entreprise sont bien dessinées elles aussi : DSI et Marketing. Il faut que le produit fonctionne, il faut qu’il soit absolument sûr (protection des données bancaires) et il faut qu’il affiche une promesse claire. « Notre manifesto est construit autour de l’éducation, de l’apprentissage à la consommation. »

Pour conclure, un clin d’œil à Hugues Le Bret, un autre de nos Bâtisseurs, créateur du Compte Nickel. Interrogé à son sujet, Raphaël témoigne de son admiration (« C’est une idée géniale. Tout simplement. Et noble ! »). Il laisse aussi parler le compétiteur en lui, nous dévoilant un autre aspect de sa personnalité : « J’aimerais beaucoup discuter avec Hugues. Je crois qu’il pense que le Compte Nickel, qui n’était pas prévu pour les plus jeunes, va faire le job pour les enfants. Moi je suis sûr que non : ce sera nous ! »

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Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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