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Henri Biscarrat - CEO Orapi Group : "La Sécurité numérique pâtit du manque de coopération européenne"

Dernière mise à jour : 28 mars

Henri Biscarrat

La souveraineté d’Orapi Group se joue autant sur le terrain du numérique que de celui de l’industrie. Pour son dirigeant, Henri Biscarrat, il existe encore trop de barrières pour l’atteindre, tant du point de vue administratif qu’idéologique.


Orapi Group est une entreprise française,  fabricant de produits d’hygiène à usage professionnel. Une activité a priori peu sensible,  et qui pourtant renferme des données essentielles à son bon fonctionnement. «  Nous disposons de données internes relatives à la gestion de nos approvisionnements,  nos stocks,  et les formules chimiques de nos produits,  qui sont gérées depuis notre propre système d’information  ; ainsi que des données relatives à nos clients  : leurs coordonnées, leurs contrats et tarifs… qui elles sont opérables depuis différents systèmes  : ERP,  CRM…  »,  explique Henri Biscarrat, CEO d’Orapi Group.


Toutes ces données sont donc cruciales pour Orapi,  mais pas si faciles à protéger. «  Nous avons déployé Salesforce il y a quelques années. Le contrat stipulait que les autorités américaines pouvaient accéder à nos données… Ce que j’ai trouvé inacceptable. Après plusieurs heures de négociation avec un avocat,  nous avons accepté ces conditions sur une petite partie de notre business », raconte le directeur.


Avec le recul,  Henri Biscarrat réalise que ce type de solutions en mode SaaS n’est pas idéal, au-delà de la question de la souveraineté des données. « C’est une application trop lourde à mettre en place pour une entreprise de notre taille. Par ailleurs, il est plus compliqué de maîtriser des données qui ne sont plus dans l’entreprise. En cas de résiliation,  qu’advient-il réellement de ces datas ? », interroge Henri Biscarrat.


Cyberattaques : le manque de coordination de l’Europe


L’autre risque majeur lié à la donnée pour le dirigeant d’Orapi Group est celui de la menace des pirates informatiques. «  Nous avons déjà été victimes de cyberattaques,  pour des sommes de quelques dizaines de milliers d’euros. Des crimes de trop petite envergure pour intéresser les autorités  »,  regrette Henri Biscarrat,  qui dénonce  : «  Les gouvernements sont capables de retracer avec précision les informations et les flux liés à nos impôts. En revanche, lorsqu’il s’agit de maîtriser ces fraudes c’est impossible… Il y a clairement un manque de coordination européenne ! »


En attendant,  l’entreprise observe les bonnes pratiques en matière de sécurité, réalise des audits réguliers et s’entoure de partenaires compétents pour se prémunir des risques. Car pour Henri Biscarrat, la sécurité n’est pas que l’affaire de l’Etat, mais relève aussi des responsabilités des entreprises : « Chaque société est consciente, dès lors qu’elle fait appel à un prestataire - informatique ou industriel -, du risque encouru », soutient-il tout en avertissant qu’une fois le savoir ou l’expertise délégué à un tiers externe, il est difficile de le retrouver en interne…


Garder une indépendance est donc crucial… au niveau de l’entreprise ? du pays  ? du continent  ? «  Il serait intéressant qu’un pourcentage des appels d’offres publics intègre obligatoirement des solutions d’entreprises européennes », estime Henri Biscarrat.


« Il serait intéressant qu’un pourcentage des appels d’offres publics intègre obligatoirement des solutions d’entreprises européennes. »

Des barrières administratives et idéologiques


Intégrer une logique de Small Business Act à l’européenne serait un moyen d’éviter d’entrer dans celle entièrement régie par une logique de prix. « L’affaire des masques est symptomatique  : pour combler ses besoins urgents en masques lors de la crise Covid, l’Etat a fait appel aux sociétés françaises qui ont lancé la production. Mais dès que les frontières ont rouvert,  le gouvernement a de nouveau passé commande auprès d’entreprises chinoises,  pour des produits à moindre prix », dénonce Henri Biscarrat.


La question de la souveraineté l’interpelle,  autant en tant que dirigeant qu’en tant que citoyen. «  Mes valeurs restent les mêmes… Je ne peux pas en faire abstraction. J’estime que la souveraineté passe notamment par la création d’usines en France,  remettre l’industrie au cœur de notre système économique qui a placé le tertiaire sur le devant de la scène », affirme-t-il avec conviction.


Pourtant,  Orapi Group ne détient pas toutes ses usines en France,  mais aussi en Angleterre,  en Espagne,  au Canada ou encore à Singapour et en Malaisie. Deux raisons à cela. La première  : la conquête de nouveaux marchés,  dont l’Asie. Dans cette optique,  produire proche de ces marchés permet de réduire les transports de marchandises en étant plus local.


La deuxième raison de la délocalisation d’une partie de la production d’Orapi Group est l’existence de barrières à l’installation de nouvelles usines en France,  administratives  - «  monter un site industriel prend plusieurs années en France, soit beaucoup plus de temps que dans d’autres pays comme l’Espagne par exemple  »,  informe Henri Biscarrat,  mais aussi des barrières d’ordre idéologique  : «  Une industrie a un impact qu’il faut prendre en considération et réfléchir à le rendre le plus positif possible. Mais ce n’est pas parce qu’on délocalise qu’on supprime cet impact pour autant  !  »,  rappelle Henri Biscarrat. Pour lui,  une souveraineté industrielle ne peut se faire sans gagner en agilité.


Interview issu de l'étude : Concilier performance industrielle et souveraineté technologique, éditée par Instinct Collectif en partenariat avec Cleyrop.

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