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Nicolas, l'ondoyant


Nicolas Pelletier

Nicolas Pelletier a fondé Pledg, une solution de paiement différé en pleine croissance. Sa fintech a levé 80 millions d’euros en mars ! Derrière ce succès incontesté, se cache un professionnel au pedigree étonnant : d’abord banquier d’affaires à Paribas pendant 10 ans, puis PDG de Musiwave jusqu’en 2008, Nicolas Pelletier a également écrit trois livres d’autofiction, puis repris les vagues de l’aventure entrepreneuriale.

Aujourd’hui, c’est en homme apaisé, riche de ses expériences, qu’il revient sur son parcours. D’une voix posée, il explique l’océan traversé, parfois contre vents et marées, avant d’atteindre l’île de Pledg.

Tout est cohérenCe a posteriori. À 57 ans, après une psychanalyse de 10 ans et la publication de trois livres écrit à la première personne, la sienne ; il prouve que l’on peut être un start-upper à succès, qui a accepté la navigation en eaux troubles, mais aussi ses fragilités.


« Mon roi, c’était mon père. Mon père devenu hémiplégique et aphasique à la suite d’un accident cérébral. » Ce sont les premiers mots de la quatrième de couverture de Mon roi, écrit pas Nicolas Pelletier et publié en 2009 aux éditions Fayard. Ce cadet d’une famille de 7 enfants a vécu ce traumatisme à 13 ans. D’une façon compliquée, parce qu’il ne l’avait jamais perçu comme tel, avant sa thérapie.


« Je disais à mes copains : « Je comprends ce qu’il dit. » Et c’était vrai… parce qu’il disait trois fois rien, enfin rien. Alors c’était très touchant parce que c’était mon père, mais il n’y avait pas de conversation et malgré tout, je disais à mes copains : « Il va très bien. » On perd son père en réalité. »


Cette douleur est restée comme un bruit sourd pendant les 10 ans passés à Paribas. Après sa démission de la banque d’investissement, il a choisi de l’écouter, de l’écrire et de la travailler également pendant 10 ans… de psychanalyse.


Paribas : de l’aventure au bore-out


Il l’avoue lui-même. S’il est entré à la banque d’affaires Paribas après Sciences-Po Paris, c’est parce que son père, également banquier d’affaires, avait fait jouer ses relations. Le futur auteur a apprécié ses premiers pas dans le métier : trois ans à Londres dans un binôme avec un ancien avocat. Tous deux ont sillonné l’Angleterre. Nicolas Pelletier a appris toutes les nuances de la langue qu’il maîtrise parfaitement à l’écrit. « La vraie vie. Ils me filaient une bagnole, je mettais les bretelles. Les années 1980, quoi. Même si c’était pas Wall Street ! »


À la fin de l’aventure londonienne, le banquier d’affaires apprend qu’André Lévy-Lang, Président du Directoire de Paribas à l’époque, cherche à monter une équipe de consultants en privatisation pour décrocher des mandats en Europe de l’Est et en Amérique du Sud. Ni une ni deux, Nicolas Pelletier fait jouer ses relations, cette fois les siennes, au niveau politique et intègre l’équipe. « Pendant 6 ans, j’étais tout le temps dans l’avion à faire de belles opérations, des mises en concession de services publics en Argentine, au Kazakhstan, au Pérou avec les mines d’or… »


Mais le groupe de consultants se disloque et Nicolas Pelletier se retrouve dans un bureau à faire du M&A. Et cela ne lui plaît pas. Il s’ennuie, un bore-out propice à l’introspection. Il démissionne et s’adonne à l’écriture.


La peur de l’échec


En partant de Paribas, il n’imagine pas devenir start-upper. Son but est de devenir écrivain de sa propre histoire. En parallèle, il rejoint l’AFP dans le cadre d’un remaniement souhaité par Lionel Jospin, alors premier ministre. Mais la mission d’un an et demi n’aboutit pas. À la suite de cela, il est prêt à tout sur le plan professionnel : « J’avais de l’argent, pour autant, j’étais prêt à tout pour travailler. Même au SMIG, je prenais. ».


Après quelques échanges avec Gilles Babinet, co-président du Conseil national du numérique et fondateur de Musiwave, il se lance dans l’aventure entrepreneuriale au poste de… sales manager, alors qu’il est plus âgé et plus expérimenté que ceux qui lancé la start-up ! Mais il « s’éclate ». Musiwave, spécialisée dans les musiques pour mobile, est finalement rachetée en 2009 et c’est encore la fin d’une histoire pour Nicolas Pelletier. Entre 2009 et 2016, c’est presque une page blanche.


« En 2016, j’ai eu les pétoches pour la première fois de ma vie, parce que vous avez beau avoir plein d’argent, avoir eu une success story, avoir publié deux bouquins… Je m’étais fait retoquer plusieurs fois et je me suis dit : « qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? ». Je ne me sentais pas de reprendre l’écriture, je n’avais aucune idée, et puis je me suis dit que personne ne voudrait bosser avec moi. Je me suis arrêté en 2009 et là on était en 2016. Entretemps, il y avait eu la digitalisation. Je ne savais pas si je pourrais reprendre le mouvement. »


Pledg, le miracle et la renaissance


Au cours de notre interview, Nicolas Pelletier est souvent revenu sur son âge, plaisantant et parlant de lui comme d’un « papy ». « Là dans l’équipe, il y en a beaucoup, je pourrais être leur père ! », sourit-il. Avec ses cheveux poivre et sel, et les années qui ont creusé son visage, il a acquis une certaine sagesse. Mais c’est aussi un gagnant qui a su retrouver au fond de lui-même la force de conquérir en restant aligné avec lui-même.


C’est l’instinct qui est revenu, celui de ne pas laisser tomber. Nicolas Pelletier consultait sa messagerie Facebook quand un camarade de promo de Sciences Po lui a parlé d’un projet de finance collaborative. Du jour au lendemain, ils ont décidé de se revoir et de travailler ensemble. Même si cette collaboration professionnelle n’a finalement pas tenu dans le temps, l’idée s’est affinée et la fintech Pledg est née. Tout s’est accéléré. « Comme lorsqu’on écrit un livre, créer sa propre start-up, c’est se donner à 100% dans son propre projet. »


Grâce à Pledg, les acheteurs peuvent acheter en plusieurs fois, tandis que le marchand est payé comptant. L’expérience client est facilitée, surtout quand on sait que 30% des internautes ne finalisent pas leur achat après avoir mis des produits dans leur panier. En 2017, Pledg levait 1 million d’euros ; en 2021, la start-up qui ambitionne de devenir une licorne, en a levé 80.


« Je suis dans une grande famille où l’on travaille plutôt dans de grandes entreprises. Quand on me demande comment faire pour monter sa start-up, je réponds qu’il y a pas de comment faire, il faut juste être disponible. Et quand tu n’as rien, tu acceptes tout. »


Pour Nicolas Pelletier, l’ambition de Pledg est différente de celle de Musiwave, « un feu de paille qui s’est bien vendu ». Pledg rend service aux acheteurs et aux boutiques ayant pignon sur rue ou en ligne et c’est essentiel. Aujourd’hui, l’ex-banquier d’affaires vit pleinement son expérience de start-upper à succès.


Après s’être longuement posé des questions sur son orientation professionnel, Nicolas Pelletier est enfin réconcilié avec lui-même. Lorsqu’il analyse son passé, il ne juge plus les ruptures comme des échecs, de démission en missions qu’il estimait parfois inachevées. Ce sont simplement des périodes qui alternent comme les vagues et leur ressac. Ce qui compte, c’est l’air du large. Son avenir après la vie professionnelle, il l’imagine ainsi : « Trois ou -quatre livres et puis mourir en paix ».

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