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Michel Denis - DG de Manitou Group : "Accepter de ne pas pouvoir tout gérer souverainement"

Dernière mise à jour : 28 mars

Michel Denis

Industriel français exportant dans le monde entier,  Manitou Group parvient à être souverain du point de vue de la conception de ses machines. En revanche,  côté numérique,  l’équation n’est pas si simple…


Deux tiers de la production de Manitou Group est française,  le tiers restant étant réalisé aux Etats-Unis, en Inde et en Italie. « Nous poursuivons nos investissements en France,  avec l’inauguration en mars dernier d’une seconde usine de nacelles,  portant à six le nombre de site de production en France. Ainsi, nous n’avons jamais perdu notre souveraineté industrielle  »,  se félicite Michel Denis,  Directeur Général du fabricant d’équipements et machines de manutention,  d’élévation de personnes et de terrassement.


Mais l’environnement numérique est plus problématique  : « Depuis 2019, toutes nos machines sont connectées  ; nous récoltons les données des centaines de milliers de modèles qui sont utilisées au quotidien »,  indique Michel Denis. Le recueil et l’analyse de ces datas servent à optimiser les performances des machines,  mais aussi les usages, la maintenance...


« Nous essayons de développer le même degré de souveraineté dans le numérique et dans la technologie »,  insiste le Directeur Général de Manitou Group, qui doit gérer à la fois les données de l’entreprise et celles des machines, dont il a choisi d’être légalement propriétaire. Or, avec un hébergement et des flux de données entièrement sur le cloud,  difficile de garantir une souveraineté de bout en bout.


Les données des machines sont traitées par des acteurs américains ou européens pour des raisons de performance. Il n’existe aucun acteur français sur ce marché. Michel Denis reconnaît que cette situation de dépendance semble inquiétante : « Si Google décide de bloquer nos emails,  ou pire,  de les transférer à nos concurrents,  ce serait catastrophique… Tous les scénarios sont imaginables. Cela fait peur mais nous dépasse. Il faut accepter de ne pas tout pouvoir gérer de façon souveraine. »


Rééquilibrer les politiques protectionnistes


En tant qu’acteur industriel français opérant dans le monde, Manitou Group constate des politiques diverses,  tout d’abord en ce qui concerne la circulation des données. « Les données des machines ne sont pas concernées par le RGPD,  car elles n’impliquent pas de personnes physiques. Nous appliquons les règles des différents pays. Celles des Etats-Unis sont proches des nôtres. En revanche, en Asie, des pays comme la Chine exigent la déconnexion des machines pour des raisons de protectionnisme », explique Michel Denis.


Du point de vue des conditions commerciales aussi les situations varient. « Aux Etats-Unis,  les industriels sont écoutés et soutenus par le gouvernement,  leur assurant des conditions économiques, douanières et réglementaires avantageuses. C’est beaucoup moins le cas en Europe. Il en résulte un déséquilibre concurrentiel », déplore Michel Denis,  qui souhaiterait notamment un accompagnement et des incitations à la transition énergétique des machines  : un défi pour l’entreprise, mais aussi pour le monde.


« Aux Etats-Unis, les industriels sont écoutés et soutenus par le gouvernement, leur assurant des conditions économiques, douanières et réglementaires avantageuses. C’est beaucoup moins le cas en Europe. Il en résulte un déséquilibre concurrentiel. »

Interview issu de l'étude : Concilier performance industrielle et souveraineté technologique, éditée par Instinct Collectif en partenariat avec Cleyrop.


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